« Je devrais prendre ChatGPT, ou il y a mieux ? » C'est la question qu'on me pose le plus souvent en rendez-vous, avant même de parler d'automatisation. Et c'est une question mal posée.
Pas parce que la réponse serait compliquée. Parce qu'elle dépend d'une chose que vous n'avez pas encore dite : ce que vous voulez en faire. Un artisan qui veut répondre plus vite à ses mails, un cabinet qui relit des contrats, une agence qui fait de la veille sur ses concurrents, ce ne sont pas les mêmes besoins, et ce n'est pas le même outil.
Voici comment je réponds à cette question en rendez-vous, sans benchmark et sans jargon : quel assistant pour quelle tâche, ce que ça coûte, et le point que presque personne ne vérifie avant de s'abonner, à savoir où partent les données que vous lui confiez.
Pourquoi « la meilleure IA » n'existe pas
Chaque trimestre, un nouveau modèle prend la tête d'un classement, et le suivant le rattrape trois mois plus tard. Si vous choisissez sur ce critère, vous changerez d'outil tous les six mois, et vous n'aurez jamais le temps d'en tirer quoi que ce soit.
Ce qui bouge peu, en revanche, et qui devrait guider votre choix :
- Les outils que vous utilisez déjà. Une IA qui lit vos mails et vos fichiers là où ils sont vaut plus qu'une IA brillante à qui il faut tout copier-coller.
- Le type de travail que vous lui confierez. Rédiger, chercher, résumer, calculer, ce ne sont pas les mêmes forces.
- Le traitement de vos données. Il varie énormément d'une version à l'autre du même produit.
Le reste, la qualité brute des réponses, est aujourd'hui assez proche entre les cinq grands pour un usage quotidien de PME. Les différences se voient sur les tâches difficiles, pas sur « réécris ce mail en plus poli ».
Le comparatif par tâche
Je m'en tiens aux cinq assistants qu'un dirigeant de PME croise vraiment, avec pour chacun ce qu'il fait le mieux, et ce qu'il fait moins bien.
ChatGPT : le couteau suisse
C'est celui que tout le monde connaît, et c'est justement son premier avantage : l'entourage sait s'en servir, les tutoriels existent en français, et il fait à peu près tout correctement. Rédaction, idées, tableaux, images, mode vocal pour dicter en voiture, analyse d'un fichier Excel.
Il est aussi le plus riche en fonctions annexes : projets, mémoire entre les conversations, connexion à des applications tierces, génération d'images. Si vous ne savez pas par où commencer, c'est un défaut raisonnable.
Sa limite, c'est son excès de bonne volonté. Il répond toujours, toujours avec assurance, y compris quand il ne sait pas. Sur un point de droit, un chiffre, une norme, vérifiez.
Claude : les textes longs et les documents
Là où Claude se démarque, c'est sur tout ce qui demande de lire beaucoup et d'écrire juste. Résumer un contrat de quarante pages, relire vos conditions générales, rédiger une réponse à appel d'offres, garder votre ton sur un long document, respecter des consignes précises sans dériver.
Beaucoup de professions qui vivent de l'écrit, avocats, consultants, experts-comptables, rédacteurs, finissent par le préférer pour cette raison. C'est aussi, par transparence, celui que j'utilise davantage que les autres. Vous tiendrez compte du biais.
Ses limites : pas de génération d'images, moins de fonctions grand public que ChatGPT, et une version gratuite plus vite limitée en volume.
Gemini : si vous vivez dans Google Workspace
Gemini est bon en soi, mais ce n'est pas la raison de le choisir. La raison, c'est qu'il est déjà dans Gmail, Drive, Docs, Sheets et Meet. Résumer une réunion que vous avez manquée, retrouver un fichier « que Sophie a partagé en mars », rédiger une réponse directement dans le mail, tirer un tableau d'un dossier de factures scannées : tout ça sans copier-coller.
Si votre entreprise tourne sur Google Workspace, c'est très probablement votre bon choix de départ. Si elle tourne sur Microsoft 365, le raisonnement est identique avec Copilot, qui joue le même rôle dans Outlook, Teams et Word.
Sa limite : hors de l'écosystème Google, il perd une grande partie de son intérêt.
Perplexity : la recherche sourcée
Perplexity n'est pas fait pour écrire, il est fait pour trouver. Il cherche sur le web, cite ses sources, et rend une réponse construite plutôt qu'une liste de liens. Pour une PME, les cas d'usage sont précis et très rentables : veille sur les concurrents, recherche d'un fournisseur ou d'un sous-traitant, vérification d'une réglementation, préparation d'un rendez-vous avec un prospect dont vous ne connaissez rien.
Sa limite : les sources ne sont pas toujours de qualité, et une réponse bien présentée peut cacher un site peu fiable. Cliquez sur les sources avant de vous appuyer sur un chiffre.
Mistral : le français et l'hébergement en Europe
Mistral est l'acteur français, et son assistant Le Chat a deux arguments concrets pour une PME : une très bonne maîtrise du français, et des données hébergées en Europe, sous droit européen. Pour un cabinet, une structure de santé, un secteur soumis à des obligations de confidentialité, c'est souvent ce qui tranche.
Il est aussi le moins cher des cinq sur l'abonnement individuel. Sur les tâches les plus exigeantes, il reste un cran derrière les leaders, mais pour l'usage quotidien d'une PME, mails, comptes rendus, synthèses, la différence ne se voit pas.
Et Grok ?
Grok, l'assistant de X (ex-Twitter), est fort sur ce qui se passe maintenant sur les réseaux sociaux. Pour une PME du Nord qui n'y fait pas de veille, je ne vois pas de cas où il remplace un des cinq autres. Passez votre chemin sans regret.
Le tableau, en une lecture
| Vous voulez surtout... | Commencez par |
|---|---|
| Faire un peu de tout, sans vous poser de questions | ChatGPT |
| Rédiger et relire des documents longs, garder votre ton | Claude |
| Travailler dans Gmail, Drive et Meet | Gemini |
| Travailler dans Outlook, Teams et Word | Copilot |
| Chercher, vérifier, faire de la veille | Perplexity |
| Garder vos données en Europe, payer moins | Mistral |
La question que personne ne pose : où vont vos données ?
C'est le point que je vérifie en premier chez un client, et celui qui pose le plus souvent problème.
La plupart des versions gratuites et de certaines versions individuelles peuvent, par défaut, utiliser vos conversations pour améliorer les modèles. Ce réglage se désactive généralement dans les paramètres, mais il faut le faire, et il faut le savoir. Les versions destinées aux entreprises, celles qu'on appelle selon les éditeurs Team, Business ou Enterprise, excluent cet usage par défaut et s'accompagnent d'un contrat de traitement des données, ce qui est exactement ce que le RGPD attend de vous.
La règle que je donne, et qu'il faut afficher à côté de l'écran de chaque salarié :
Aucune donnée nominative de client, de salarié ou de fournisseur dans une version gratuite ou personnelle. Pas de devis avec le nom du client, pas de mail de réclamation copié tel quel, pas d'export de votre base. Anonymisez, ou passez sur une version entreprise.
Le risque n'est pas qu'un concurrent lise vos secrets. Le risque, c'est qu'un contrôle ou une plainte révèle que vous avez transmis des données personnelles à un prestataire sans base légale ni contrat. Vous en restez responsable, quel que soit l'outil.
Trois réflexes qui règlent 90 % du sujet :
- Désactivez l'utilisation de vos données pour l'entraînement dans les réglages, sur chaque compte, dès le premier jour.
- Passez sur une version entreprise dès que deux personnes s'en servent. Le surcoût est faible, et vous récupérez un espace partagé, une facturation propre et un contrat.
- Écrivez une règle d'usage d'une page pour l'équipe : ce qu'on peut coller, ce qu'on ne colle jamais, et qui répond aux questions.
Combien ça coûte, et comment tester sans se tromper
Les abonnements individuels des cinq acteurs se situent aujourd'hui autour d'une vingtaine d'euros par mois, Mistral un peu en dessous. Les versions entreprise tournent plutôt entre vingt-cinq et trente euros par utilisateur et par mois. Ces prix bougent régulièrement, prenez-les comme un ordre de grandeur.
Rapporté au temps que vous y passez, ce n'est pas le sujet. Une heure gagnée par semaine rembourse l'abonnement dès la première semaine du mois. Le vrai coût, c'est le temps d'apprentissage, et c'est pour ça que je déconseille de tester en version gratuite pendant six mois. Les versions gratuites sont bridées sur le volume et souvent sur le modèle, vous jugerez l'outil sur sa version dégradée.
La méthode qui marche :
- Un seul abonnement payant, pendant un mois. Choisissez-le avec le tableau ci-dessus.
- Notez chaque chose que vous lui demandez pendant ces quatre semaines, dans un simple fichier. Vous saurez très vite à quoi il vous sert vraiment, et ce sera rarement ce que vous imaginiez.
- Ne cumulez pas. Deux abonnements maximum dans une petite structure, un généraliste et un spécialiste, par exemple Claude ou ChatGPT pour écrire et Perplexity pour chercher. Au-delà, personne ne s'en sert vraiment.
Ma recommandation selon votre situation
Si vous voulez une réponse courte, la voici, en fonction de ce que je vois chez les entreprises que j'accompagne.
- Vous ne savez pas, vous voulez juste commencer : ChatGPT en version payante, un mois, avec le carnet de bord.
- Votre entreprise est sur Google Workspace : Gemini, parce qu'il est déjà là où vous travaillez.
- Votre entreprise est sur Microsoft 365 : Copilot, pour la même raison.
- Vous passez vos journées à écrire : devis détaillés, propositions, contrats, rapports, contenus, Claude.
- Vous faites de la veille ou de la recherche : Perplexity, en complément d'un des précédents.
- Vous manipulez des données sensibles ou vous tenez à un acteur européen : Mistral, ou une version entreprise d'un autre acteur, avec le contrat qui va avec.
Et dans tous les cas, le réglage des données le premier jour.
Le vrai gain n'est pas dans la fenêtre de chat
Voilà ce qu'il faut garder en tête après avoir choisi. Un assistant IA utilisé à la main, en ouvrant une fenêtre, en collant un texte, en récupérant la réponse, vous fera gagner vingt ou trente minutes par jour. C'est bien. Ce n'est pas ce qui change une entreprise.
Ce qui change une entreprise, c'est le moment où l'IA travaille sans que vous ouvriez quoi que ce soit. Vos mails triés et les réponses préparées avant que vous les lisiez. Les devis relancés au bon moment. Les avis Google qui reçoivent une réponse dans l'heure. Le compte rendu de rendez-vous envoyé au client avant que vous soyez remonté en voiture. Là, ce n'est plus un assistant que vous consultez, c'est un système qui tourne.
Et pour ça, le choix du modèle compte beaucoup moins que la façon dont il est branché à vos outils. J'en parle dans par où commencer quand on veut automatiser son entreprise, et sur un cas précis dans automatiser ses emails clients.
Pour chiffrer ce que ces tâches vous coûtent aujourd'hui en temps et en euros, le calculateur d'économies donne un ordre de grandeur en deux minutes, sans laisser d'email.
Le meilleur assistant IA n'est pas celui qui gagne les classements. C'est celui que vous utiliserez encore dans trois mois, sur des tâches que vous avez identifiées, avec vos données au bon endroit. Choisissez-le pour ça, testez-le un mois, puis posez-vous la question suivante : qu'est-ce que je pourrais ne plus faire du tout ? Le guide des 10 premières heures à récupérer est une bonne façon d'y répondre.